La grève du 5 novembre 2026 s’annonce comme l’une des plus suivies de ces dernières années. Après l’échec de la rencontre à Matignon le 21 octobre, la CGT appelle à une grève générale, la CFDT à « la mobilisation la plus large », le Snes-FSU à une grève massive dans les collèges et lycées, et les quatre syndicats représentatifs de la SNCF ont déposé un préavis commun. Pour les familles, cela signifie des trains et des RER supprimés, des écoles sans classe, parfois des crèches fermées, et une journée de travail à réinventer. Voici, point par point, comment s’organiser, et ce que vous pouvez (ou non) exiger de votre employeur.
À retenir
- Jeudi 5 novembre 2026 : grève interprofessionnelle (CGT, CFDT, FO, UNSA, FSU) contre le budget 2027, après la manifestation du 17 octobre (550 000 à 800 000 personnes) et ses débordements.
- Transports : préavis commun des quatre syndicats SNCF (TGV, Intercités, TER). RER, Transilien et RATP : situation à confirmer, prévisions publiées la veille vers 17 h.
- École : les enseignants du primaire doivent se déclarer grévistes 48 h à l’avance ; si au moins 25 % d’entre eux font grève, la mairie doit organiser un service minimum d’accueil.
- Crèches : aucun service minimum obligatoire. Vérifiez auprès de la structure dès le 3 novembre.
- Travail : une grève des transports n’est pas un motif légal d’absence. Négociez télétravail, congé, RTT ou aménagement d’horaires avant, et gardez une preuve des perturbations.
- Surveillez les arrêtés préfectoraux : des périmètres sont interdits aux rassemblements à Paris depuis le 19 octobre.
Grève du 5 novembre 2026 : qui appelle, et pourquoi
L’intersyndicale CFDT, CGT, FO, UNSA et FSU a fixé la date dès le 5 octobre, avec sept revendications : hausse des salaires et des pensions, revalorisation de la fonction publique, hausse du SMIC et des aides sociales, moyens pour les services publics, plan industriel et écologique, fiscalité plus juste. En ligne de mire, le projet de budget 2027 qui prévoit, selon les syndicats, un gel des prestations sociales et des salaires des fonctionnaires et une cinquantaine de milliards d’euros d’économies.
La journée s’inscrit dans la continuité de la manifestation contre la vie chère du 17 octobre, qui a rassemblé 550 000 personnes selon le gouvernement (800 000 selon les syndicats), dont 110 000 à Paris, et s’est terminée par des affrontements place de la République, des pillages et près de 200 interpellations. Depuis le 19 octobre, un couvre-feu partiel et des interdictions de rassemblement sont en vigueur autour de l’Élysée, de l’Assemblée nationale, des grandes gares et de plusieurs places parisiennes ; les cortèges déclarés ne sont pas concernés. Le 21 octobre, la réunion à Matignon avec le Premier ministre Sébastien Lecornu n’a débouché sur aucune mesure, ce qui a durci le ton des syndicats, rapporte Sortiraparis.
Transports : ce qu’il faut anticiper
À la SNCF, fait rare, les quatre syndicats représentatifs (CGT-Cheminots, UNSA-Ferroviaire, SUD-Rail, CFDT-Cheminots) appellent ensemble à la grève. Les TGV, Intercités et TER seront touchés, la veille de la mise en service commerciale du TGV M prévue le 6 novembre. Pour les RER et Transilien, tout dépendra des déclarations individuelles des agents, à déposer 48 heures avant : les prévisions fiables ne seront connues que le mardi 3 novembre au soir, et affinées le 4. À la RATP, aucun préavis spécifique n’était déposé au 21 octobre, mais l’appel à la grève générale de la CGT peut changer la donne d’ici là.
Vos réflexes :
- Consultez SNCF Connect, l’application Île-de-France Mobilités ou le site de votre réseau la veille à partir de 17 h, puis le matin même.
- Si vous avez un billet TGV ou Intercités pour le 5 novembre et que votre train est supprimé, la SNCF propose en général l’échange ou le remboursement sans frais, y compris pour les billets non remboursables : vérifiez les conditions annoncées sur SNCF Connect.
- Prévoyez une solution de repli : covoiturage avec des collègues, vélo (voir notre guide pour le vélo au quotidien), ou télétravail.
- Si vous devez traverser une grande ville, évitez les abords des parcours de manifestation entre 13 h et 20 h et consultez les arrêtés de la préfecture publiés la veille.
École : le service minimum d’accueil, mode d’emploi
Dans les écoles maternelles et élémentaires publiques, les enseignants qui souhaitent faire grève doivent se déclarer au moins 48 heures à l’avance. Deux cas de figure :
- Moins de 25 % des enseignants de l’école sont grévistes : l’Éducation nationale organise l’accueil des élèves dans l’école, en regroupant les classes.
- 25 % ou plus sont grévistes : la commune doit mettre en place le service minimum d’accueil (SMA), gratuit, dans l’école ou dans un autre local, avec du personnel municipal ou des animateurs. Il s’agit d’un accueil, pas d’un enseignement : prévoyez le pique-nique si la cantine est fermée.
Les écoles informent en principe les parents dès le 3 novembre, par le cahier de liaison, l’ENT ou un affichage à la grille. Les mairies publient la liste des écoles concernées sur leur site. Dans les collèges et lycées, il n’existe pas de service minimum : les élèves sont accueillis, mais les cours des professeurs grévistes n’ont pas lieu. Avec l’appel du Snes-FSU, attendez-vous à des emplois du temps très allégés le 5 novembre, surtout dans le second degré public. Les établissements privés sous contrat ne sont pas forcément touchés, mais les transports scolaires peuvent l’être.
Pensez aussi à la cantine et au périscolaire : les agents municipaux peuvent, eux aussi, faire grève, ce qui ferme parfois la cantine ou la garderie du soir alors même que les enseignants sont présents. Un seul réflexe : appeler l’école ou consulter le site de la mairie la veille.
Crèches et assistantes maternelles : pas de filet de sécurité
Contrairement à l’école, aucun service minimum n’existe en crèche. Les crèches municipales et départementales sont les plus exposées, puisque la CFDT a déposé un préavis couvrant toute la fonction publique territoriale. Les crèches associatives et privées sont moins concernées, mais rien n’empêche leurs salariés de rejoindre le mouvement. Les assistantes maternelles agréées, elles, peuvent aussi faire grève ; dans ce cas, la journée n’est pas due.
Dès le 3 novembre, demandez à la direction si la structure ouvrira, à quelle heure et avec quelle capacité. Si elle ferme, activez votre plan B : grands-parents, garde partagée avec des voisins ou des collègues, ou baby-sitter via une plateforme. Les frais de garde exceptionnels ouvrent droit au crédit d’impôt pour garde d’enfants de moins de 6 ans (50 % des dépenses, dans la limite de 3 500 euros par enfant et par an) si vous passez par une structure ou un salarié déclaré.
Ce que dit la loi si vous ne pouvez pas aller travailler
C’est la question qui revient le plus, et la réponse est moins confortable qu’on ne l’imagine : une grève des transports ou la fermeture d’une école n’est pas un motif légal d’absence. Le Code du travail ne prévoit pas de « jour de grève des autres ». Concrètement :
- Si vous arrivez en retard ou n’arrivez pas, l’employeur peut retenir sur salaire les heures non travaillées. Il ne peut en revanche pas vous sanctionner si vous apportez la preuve que vous étiez dans l’impossibilité de venir (attestation de retard ou de suppression de train, capture d’écran de l’application, attestation de fermeture de l’école). Le licenciement pour ce seul motif serait considéré comme abusif par les prud’hommes.
- La grève n’est pas un cas de force majeure au sens strict, car elle est annoncée à l’avance : les tribunaux attendent donc de vous que vous ayez cherché une solution.
- Le télétravail n’est pas un droit, sauf si votre accord d’entreprise ou votre charte le prévoit en cas de grève ou de circonstances exceptionnelles. Beaucoup le prévoient : relisez le vôtre, et faites votre demande par écrit dès cette semaine.
- Vous pouvez poser un jour de congé, une RTT ou un jour de récupération ; l’employeur peut refuser, mais il le fait rarement dans ce contexte. Une absence autorisée non rémunérée est aussi possible d’un commun accord.
- Si vous devez garder votre enfant parce que l’école ou la crèche est fermée, il n’existe pas de congé spécifique rémunéré (contrairement au congé enfant malade dans certaines conventions). Certaines conventions collectives ou accords prévoient toutefois des journées « enfant » ou des souplesses horaires : vérifiez la vôtre.
- Enfin, vous avez le droit de faire grève vous-même le 5 novembre, dans le privé sans préavis individuel, dès lors qu’un appel national existe : la journée n’est alors pas payée, mais aucune sanction n’est possible.
Le meilleur conseil reste de prévenir votre employeur avant le 3 novembre, par écrit, en proposant une solution : télétravail, horaires décalés, journée de congé. Un employeur prévenu une semaine à l’avance refuse rarement ; un salarié absent sans nouvelles le jour J se met en difficulté.
Le plan famille pour le 5 novembre, en 6 points
- Lundi 3 novembre : vérifiez les informations de l’école, de la crèche et de votre réseau de transport ; demandez le télétravail ou posez votre congé par écrit.
- Mardi 4 novembre au soir : consultez les prévisions de trafic et les arrêtés de la préfecture ; préparez le pique-nique si la cantine ferme.
- Organisez la garde en binôme avec d’autres parents : une famille accueille les enfants le matin, une autre l’après-midi.
- Parlez-en aux enfants la veille, simplement, sans dramatiser. Si les images du 17 octobre les ont marqués, notre dossier explique comment rassurer son enfant après les violences.
- Évitez les centres-villes avec de jeunes enfants l’après-midi et en soirée, surtout près des points de départ et d’arrivée des cortèges. Nos bons réflexes face aux violences urbaines restent valables.
- Commerçants : relisez nos conseils pour protéger votre boutique avant la mobilisation du 5 novembre.
Une grève annoncée dix jours à l’avance est une grève que l’on peut préparer. Trois appels, deux captures d’écran et un mail à votre employeur suffisent, le plus souvent, à transformer une journée redoutée en simple contretemps.
Sources
- Sortiraparis – Grève générale du 5 novembre 2026 : transports et écoles se préparent (21 octobre 2026)
- Sortiraparis – Grève SNCF du 5 novembre 2026 : trains, RER, ce que l’on sait
- Eurojuris – La loi sur le service minimum d’accueil à l’école
